mardi 26 mai 2026

MARCEL MILLET & LES HORIZONS

Marcel Millet (1886-1970) et sa revue Les Horizons illustrent un courant qui, bien que marginal depuis l'assagissement du Symbolisme à la fin du siècle précédent, se poursuivit, vivace, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement anarchiste s'était un temps rencontré avec la jeunesse littéraire. L'En-dehors, La Revue blanche, les Entretiens politiques & littéraires, La Plume et le Mercure de France - ce dernier de façon plus diffuse - avaient contribué, incitant les écrivains à s'affranchir des règles et proclamant l'individualisme en art, à répandre, bien que dans un milieu restreint, l'idéal libertaire. Marcel Millet, né l'année même du "Manifeste du Symbolisme" de Moréas, resta, sa vie durant, fidèle à cet idéal. Il est de la lignée des Marcel Martinet ou des Maurice Wullens, dont l'œuvre, essentiellement humaniste, se montra attentive aux souffrances des opprimés. Il collabora à de nombreuses revues de tendance anarchiste : Les Humbles, Les Primaires, Le Libertaire, L'Ordre naturel, La Mêlée, L'Insurgé, Vivre, etc., et à quelques autres, plus exclusivement littéraires, parmi lesquelles - pour ne citer que celles bibliographiées à ce jour sur ce blog : Les Tablettes, L'Île sonnante, Le Quadrige, L'Heure qui sonne (pour rendre hommage à Paul-Napoléon Roinard), Les Cahiers, La Revue de l'Époque, Le Journal des poètes. D'abord anthologiques, recueillant poèmes et proses inédites de la jeunesse post-symboliste, Les Horizons devinrent, à partir du huitième numéro, pressentant peut-être la catastrophe de 14, une revue de "combat". Après-guerre, Millet, dans sa réponse à l'enquête de Maurice Caillard et Charles Forot sur "les revues d'avant-garde", revenant sur la brève aventure des Horizons, citera naturellement l'essentiel de la "Profession de foi" ouvrant la livraison de mars 1913.

Marcel MILLET

J’ai fondé Les Horizons le 15 février 1912, avec Henri Strentz et Maurice Pillet. Le comité de rédaction comprit ensuite Dominique Combette, René Morand et Gabriel Reuillard. Nos efforts avaient tenté d’abord, tout en n’acceptant que des proses et des vers largement humains, de faire des Horizons une revue anthologique de jeune littérature moderne.

Mais, en mars 1913, je crus devoir me séparer de mes amis (qui fondèrent alors Le Gay Sçavoir). – Avec Gabriel Reuillard, je cherchai donc à faire des Horizons une revue nettement combative.

Les quotidiens signalèrent la renaissance d’un mouvement libertaire. Les Horizons, L’Effort libre, Les Cahiers d’Aujourd’hui, Les Feuilles de Mai, La Route, offraient des tendances à peu près analogues.

Je voulais faire des Horizons une revue de parti. Je pense que nous sentions la guerre imminente, et, de toutes nos forces, nous étions quelques hommes décidés à rester « antimilitaristes » quoi qu’il arrive.

Le mouvement, par nous indiqué, s’est continué, après 1914. De courageuses publications perdurèrent. Notre besogne n’avait donc pas été vaine.

Parmi les revues actuelles, Les Humbles, de Maurice Wullens, me paraît perpétuer la « bonne » tradition.

Au reste, mes « idées » ne changent pas. Je demeure « libertaire » et je répète :

« Il faut renier les écoles et mépriser les théories ; celui qui n’a point de sensibilité ne vit pas réellement, car l’art n’est que l’émotion quotidienne…

… Accomplis ton métier de vivre et goûtes-en les âpres délices, car après la mort il n’y a plus que le néant. »

(Les Horizons, juin 1913)

Les Horizons n’étaient pas précisément éclectiques. Cependant on pourrait consulter avec intérêt la liste de nos collaborateurs de 1912 à 1914.

La voici, par ordre alphabétique, sans commentaires :

Georges Bannerot, Bastier, J.-R. Bloch, Bazalgette, Charles Carrau, Francis Carco, L. Christophe, Fanny Clar, Dominique Combette, L. Deffoux, Dévigne, Dufour, Fagus, G. Fourest, Hebbel, Hourcade, Jalabert, Albert Jean, Legrand-Chabrier, Lehmann, Libère, Maignan, Maurice Magre, Mandin, Maurice Martin, Marcel Martinet, J.-F.-L. Merlet, Messemin, Marcel Millet, Paul Myrriam, R. Morand, Louis Nazzi, Cécile et Georges Périn, Pillet, Polti, Gabriel Reuillard, Jean Le Roy, Han Ryner, Rocca, Sylvain Royé, Jules Romains, Léonce Rolland, Matei Rusu, Henriette Sauret, Saisset, Scalup, Henri Strentz, Hermann Schilde, Schultz, Gustave-Louis Tautain, Tobeen, Raoul Toscan, Tournier, Théo Varlet, Wachtausen, Vérane, Léon Werth, Whitman.

(p. 172-173)

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