[Titre :LA REVUE DE L’ÉPOQUE - Sous-Titre : Publication mensuelle d’expression et d’étude des Idées, des Arts et des Lettres - Dates de publication : 32 numéros en 32 livraisons du n° 1 (5 octobre 1919) au n° 32 (mai 1923) - Périodicité : mensuelle (10 numéros par an) ; le premier numéro annonçait une parution bimensuelle (le 5 et le 20 de chaque mois) ; annonce rectifiée dès le numéro suivant (« paraît une fois par mois ») - Lieu de publication : Paris - Format : 190 x 275 mm ; puis, à partir du n° 13 de janvier 1921 : 140 x 192 mm ; puis, à partir du n° 21 d’octobre 1921 : 145 x 215 mm - Couverture : Imprimée en noir et rouge sur papier crème puis beige, puis gris - Pagination : de 48 à 128 pages (pagination suivie) - Prix et abonnements : Numéro (France) = 1,20 francs ; Numéro (Étranger) = 1,50 francs ; puis, à partir du n° 2 (novembre 1919) : Numéro (France) = 2 francs ; Numéro (Étranger) = 2,25 francs ; puis, à partir du n° 13 (janvier 1921) [?] : Numéro (France) = 3 francs ; Numéro (Étranger) = 3,25 francs ; Abonnement annuel (France) = 20 francs ; Abonnement (Étranger) = 24 francs - Directeur : Marcello-Fabri - Secrétaire-général : Gaston Sauvebois (à partir de la 3e série de la revue) - Collaborateurs (liste non exhaustive) : Adolphe Aderer*, Pierre Albert-Birot*, Pierre Alin, Roger Avermaete, Jean Bach-Sisley*, Louis Bagnan, André Baillon, Banville d’Hostel, Pierre Barniard, J.-M.-F. Bascoul, Marcel Batilliat*, Louis-Charles Baudouin, Léon Bazalgette, Nicolas Beauduin, Roland Belhuaire*, Octave Béliard, Henri Béraud*, Jules Bernex, Saint-Georges de Bouhélier, E. Bourcier*, Pierre Bourgeois, Paul Brulat*, Gabriel Brunet*, Ricciotto Canudo, Nonce Casanova*, Blaise Cendrars*, Gaston Chérau*, Christian, Charles Conrardy, Émile Cottinet*, Henri Dalby, F. Darciers, Dr Henri Dejust, Suzanne Dejust-Defiole, Léon Deffoux*, Robert Delaunay, Fernand Demeure*, René Dessambre, Fernand Divoire*, Jean Drault*, G. Dubois*, Édouard Dujardin, R. Duménil, Renée Dunan*, Jacques Duvaldizier, Henri Duvernois*, Fagus, René Fauchois, Léon Flandre, Florian-Parmentier, André Fontainas, J. Ford’homme, Paul Fort, Stanislas Fumet, Charles Géniaux*, René Ghil, Albert Gleizes, Ivan Goll, Louis de Gonzague-Frick, Maxime Gorki, Charles-André Grouas, Franz Hellens*, René-Marie Hermant, Henri Hertz, Paul Jamati, Émile Joucla, Tristan Klingsor, Justin Klotz, Henri de Lacaze-Duthiers*, Gabriel-Ursin Langé, Carlos Larronde, J. Lasserre, François Laugier, Georges Laure, André Laurent, Philéas Lebesgue, Marius-Ary Leblond*, René Le Gentil, Pierre Lestringuez, Letellier-Dufresne, Robert Lévy, Emmanuel Lochac, Léo Loups, Jean Malan, Émile Malespine*, Georges Malkine, Georges Mallet ou George-Mallet, Jean-Émile du Marboré, Marcello-Fabri, André Marot, Marcelle Marty, Mélot du Dy*, Pierre Mille*, Marcel Millet, Pierre Mimin, Albert Mockel, Léon Moussinac*, Paul Myrriam, Dr Paolo Nalli, X. Nihil [pseud.], Antoine Orliac, Hector Oudon, Clément Pansaers, Joan Perez Jorba, G.-A. Péronnet, Arthur Petronio, Gaston Picard, René Pichard du Page, Georges Polti, Claude-André Puget, Rachilde*, Yvanhoé Rambosson*, Olivier Réaltor, Pierre Reverdy, Achille Richard, Élie Richard, Louis Richard-Mounet, Joseph Rivière, Jean Royère, Léon Ruth, Han Ryner, Marius Ryolley*, R.-A.-L. Saintarcy, Valentine de Saint-Point, Saint-Pol-Roux, Gaston Sauvebois, A. Schneeberger, André Spire, Carl Spitteler, André Suarès, Jules Supervielle, Rabindranath Tagore, Gustave-Louis Tautain*, Ernest Tisserand, B. Tokine, Touny-Lérys*, A. T’Serstevens, Albert Tustes, Roger Valbelle*, Henry Valensi, M. Valsa, Émile Verhaeren, Francis Vielé-Griffin, Charles Vildrac, Sébastien Voirol, Laura Vulda, Marcel Wyseur - Illusrateurs (liste non exhaustive) : Paul Belmondo, Boutrelle, J.-P. Carrère, Aisik Feder, Antoine-Pierre Gallien, Gimel, Or. Klein, Gaspard Maillol, Numa Patlagean, Raimbault, Térouanne, Henri Van Straten - Adresse : 3, Avenue de La Bourdonnais, Paris VIIe ; puis, à partir de la 2e série, 13, rue Bonaparte, Paris VIe (J. Povolozky éditeur) - Éditeur : J. Povolozky & Cie, Libraires-Éditeurs (13, rue Bonaparte, Paris VIe) - Dépôt général : Librairie Simon Kra (6, rue Blanche, Paris IXe), à partir du n° 2 (novembre 1919), jusqu’au n° 7 (mai 1920)- Gérant : Louis Narbonne ; puis, à partir du n° 4 (5 janvier 1920) : Marcello-Fabri - Imprimeur : Louis Narbonne (Ariège) ; puis, à partir du n° 4 (5 janvier 1920) : Imprimerie P. Mersch, L. Seitzac & Cie (17, villa d’Alésia, Paris-14e)]
LA REVUE DE L'ÉPOQUEN° 1 (5 octobre 1919)
[Date de publication : 5 octobre 1919 - Couverture : Numéro, Tome, Date, Titre, Sous-titre, Prix du numéro (France et étranger), Illustration (petit bois gravé avec la devise "Men are to be"), Titre, Périodicité, Abonnement, Adresse, Téléphone, Année - 2e de couverture : Titre, Sous-titre, Périodicité, Adresse, Numéro, Sommaire, Abonnements - 3e de couverture : Titre, Sous-titre, Périodicité, Adresse, Mentions ("Les ouvrages envoyés en vue d'un compte rendu, doivent être adressés impersonnellement à la Revue. Au cas où des auteurs jugeraient à propos de mentionner le nom d'un rédacteur, l'envoi serait considéré comme un hommage personnel, et remis à son destinataire ; l'envoi en double serait donc obligatoire." / Les manuscrits non insérés n'étant pas rendus, les auteurs sont priés de conserver une copie de leurs œuvres." / "La reproduction, la traduction des matières contenues dans La Revue de l'Époque sont formellement interdites. Notre Revue ne publie que de l'inédit." / "Les abonnements partent du 5 de chaque mois. Un N° spécimen est envoyé contre 0.60 en timbres-poste. Changement d'adresse : 0.50." / Durant les mois d'été, juillet, août et septembre La Revue de l'Époque ne paraîtra qu'une seule fois." / Le Directeur reçoit chaque mardi et jeudi de 3 h. à 6 h.") ; Abonnements - 4e de couverture : Titre, Sous-titre, Mention ("En plus de la partie littéraire où nos collaborateurs donnent le meilleur de leurs œuvres - une revue bi-mensuelle de la production artistique est assurée à nos lecteurs par nos chroniqueurs réguliers.") ; Chroniques et rédacteurs (Les Lettres et l'Art en France. - Les Poèmes : Louis de Gonzague-Frick ; Les Romans : Marcello-Fabri ; La Philosophie : Han Ryner ; Esthétique et Littérature : Jean Royère ; Le Théâtre : L. A. R. Saintarcy ; La Musique : Henri de Maublan ; Les Arts plastiques : Georges Laure ; L'Art du livre : Christian ; Parmi les revues : Louis Richard Mounet ; Le Mouvement des Idées : René Le Gentil ; L'Intellectualité agissante : Banville d'Hostel ; Sociologie : Divers ; Paradoxes légiférés : Pierre Mimin ; L'Esthétique du film : Divers / Les Lettres et l'Art à l'étranger. - Belgique : Charles-André Grouas ; Espagne (Lettres catalanes et castillanes) : J. Pérez Jorba ; Grande-Bretagne : Georges Mallet ; Italie : Francesco Cueca ; Suisse : Pierre Alin ; Yougoslavie : B. Tokine) - Feuillet publicitaire jaune en fin de numéro : Le Livre Mensuel - Haut de page [1] : En-tête (Titre, Sous-titre) - Bas de page 48 : Imprimeur-Gérant - Pagination : 48 pages]
Sommaire
Marcello-Fabri : Directives, essai [illustré d'un bandeau en tête d'article] (p. [1]-2)
Pierre Alin : Artistes, essai [illustré d'un bandeau en tête d'article et d'un cul-de-lampe en pied d'article] (p. [3]-6)
X. Nihil : Polylogue sans suite, dialogue critique [illustré d'un bandeau en tête d'article et d'un cul-de-lampe en pied d'article] (p. [7])
Henri Hertz : Au Rendez-vous de 23 heures, poème en vers libres [illustré d'un cul-de-lampe en pied de poème] (p. 8-10)
René-Marie Hermant : Rédemption, nouvelle [illustré d'un bandeau en tête de nouvelle] (p. [11]-14)
F. Darciers et Duménil : Manuels et Intellectuels, essai [illustré d'un bandeau en tête d'article] (p. [15]-18)
LES LETTRES ET L'ART EN FRANCE
Henri Hertz : Les Poèmes, présentation [de Louis de Gonzague-Frick - précédée des quelques lignes explicatives suivantes : "Notre collaborateur Louis de Gonzague-Frick, qui va assurer à La Revue de l'Époque la rubrique des poèmes n'avait nullement besoin d'être présenté au public lettré qui le connaît et l'apprécie. Mais il nous est agréable de publier l'article que l'on va lire et dont la portée dépasse de beaucoup celle d'un article liminaire, puisqu'il émane d'un autre poète - et des plus originaux."] (p. 19-20)
Marcello-Fabri : Les Romans, rubrique [sur Henri Barbusse et Pierre Benoît] (p. 21-22)
Han Ryner : La Philosophie, rubrique [présentation générale] (p. 22-24)
Jean Royère : Esthétique et Littérature, rubrique [présentation générale] (p. 24)
L. A. R. Saintarcy : Le Théâtre, comptes rendus [de : Les époux d'Heur-le-Port d'Edouard Dujardin au théâtre des Champs-Elysées (p. 25) ; Le Soleil enchaîné de Jean Cassou et Georges Pillement au théâtre du Vieux-Colombier (p. 25-26)] (p. 25-26)
Georges Laure : Les Arts Plastiques : Foujita, rubrique (p. 26-27)
Christian : L'Art du Livre : De la Littérature libertine, comptes rendus [de : Femmes de Verlaine ; Au moins soyez discrets de Lover, illustré par Robert Bonfils ; L'Appartement des jeunes filles de Roger Allard, illustré par Laboureur] (p. 28-30)
Louis-Richard Mounet : Parmi les revues, rubrique (p. 30-31)
Pierre Mimin : Paradoxes légiférés : La logique de l'amnistie, rubrique (p. 31-33)
René Le Gentil : Le Mouvement de la Quinzaine, rubrique [en épigraphe, citation d'Anatole France : "Je n'ai de haine que pour la haine, brûlez les livres qui enseignent la haine." - Dans l'Arène. - Il est indiscutable que la guerre selon la manière dont nous la fîmes, et aussi les inclinaisons personnelles, a influencé certains d'entre nous de singulière façon ; d'Henri Barbusse à Binet-Valmer on peut en trouver maintes preuves et manifestations dont le spectacle ne manque pas d'intérêt... ; Intelligence et Clarté. - Il a fallu la Guerre pour que des hommes osent dresser l'une contre l'autre ces deux sœurs jumelles. Au fond, c'est l'éternelle histoire des antagonismes politiques qui continue et que rien, jamais, ne détruira, la mauvaise foi, la sottise et la haine attisant toujours le feu sous la cendre chaude... ; Nos bons amis les Russes... - Le bolchévisme russe touche paraît-il à sa fin, ce que nous en savons nous incline à croire, en effet, que ce régime, du moins tel qu'il fonctionne, n'en a plus pour longtemps et nous n'en sommes pas autrement surpris... ; Pour nous... - Ayant été démobilisés, des écrivains qui ont fait la guerre ailleurs qu'à la "Maison de la Presse" crurent qu'ils n'auraient qu'à reprendre la plume pour avoir le droit d'exister... ; La Crise du Théâtre. - Pour ceux qui sont au courant du théâtre et qui se préoccupent de son action au point de vue social, moral et même de la pensée française, la situation actuelle est navrante et pleine de menaces... ; Le Cas Wagner. - Il vous déplaît d'entendre du Wagner ? A votre aise, nul ne vous y oblige, j'en entendrai fort bien sans vous...] (p. 33-41)
Les trente-six Califes : Memento, comptes rendus [des Vers... : Les Spectres d'or, de Georges Mallet ; ... et de la Prose : Le Chemin des pieds nus, de Ker-Frank-Houx ; Le Maître du Navire, de Louis Chadourne ; Le Cœur ressuscité, de Ernest Fornairon] (p. 42)
LES LETTRES ET L'ART A L'ÉTRANGER
Charles-André Grouas : L'Art en Belgique, rubrique (p. 43-44)
J. Perez-Jorba : Les Lettres catalanes, comptes rendus [de : Bella terra bella gent, de Josep Carner ; Flors d'Ametller, de Pere Benavent ; Poèmes del temps, de T. Catasus ; Sonets i odes de Keats, trad. de Maria Manent ; La nostra expansio literaria, de Joan Arus ; Sol de posta, de E. Isern Dalmau] (p. 44-46)
*** : L'opinion de l'Abonné, communications [précédées des lignes d'introduction suivantes : "Sous ce titre nous publierons, de nos abonnés, toutes les communications qui nous paraîtront offrir un intérêt : nous invitons vivement nos abonnés à devenir ainsi nos collaborateurs ; nous sommes assurés qu'ils nous apprendront ainsi d'intéressantes choses; Témoin celles-ci :"] (p. 47-48)
Document
"Directives, de Marcello-Fabri (p. [1]-2)"
I
La tradition est un abécédaire sublime, mais seulement un abécédaire.
Les vrais classiques – ceux qui le seront – sont parmi ceux qui l’ignorent. Ceux qui croient l’être ne seront que des poncifs.
Nous appelons artiste celui qui – quoi qu’il fasse – œuvre avec amour, et manœuvre celui qui – quoi qu’il signe – travaille avec dégoût.
Nous appelons poète celui qui sent le mieux « l’image » ; celui qui subit le plus « la corrélation » ; celui qui crée, à son seul usage, sa métaphysique, et celui qui nourrit le plus grand nombre d’intuitions.
Et nous appelons encore poète – et pour cette raison seule – celui qui crée en lui un monde personnel, – féerie intime parfois, enfer mythique aussi ou les deux ensemble –, et dont la volonté sensible, continuellement, fait obstacle aux ruées du monde extérieur.
Et nous appelons, surtout, poète, celui qui, ayant ouvert à son esprit ce monde visionnaire, tente, – avec ou sans réussite –, de le rendre tangible à ceux que les contingences circonscrivent encore.
Le poète peut ne rien créer, et conserver ses droits à son titre. Il y a certainement des poètes et de grands, dont les rêves seront à jamais ignorés.
Mais nous nommons artiste celui qui a, en plus, une conception de l’univers, l’idée générale du monde, un idéal de beauté et qui met sa vie en harmonie avec ses rêves par ses réalisations.
La réalisation d’art ? ce n’est pas, perle après perle, la couronne mortuaire ou académique, – c’est la manifestation d’une individualité qui se sait unique et tente de comprendre, ou de se révéler, – et, ceci, parce que, seulement, il lui est impossible de se taire. Ainsi l’œuvre d’art, loin d’être un travail, est un résultat fatal.
Et ce sera le chef-d’œuvre, si à travers la conception neuve, la forte harmonie et l’unité, (représentation de l’unicité du créateur d’art) l’on a la sensation d’une présence qui vous était tout à l’heure inconnue et qui maintenant vous dépasse : la révélation d’un « homme » qualités et défauts. L’on pourrait dire que le chef-d’œuvre est à proprement parler, – une transsubstantiation.
L’artiste qui ose entreprendre une œuvre doit avoir en vue l’un de ces buts : innovation, rénovation, – sans s’occuper s’ils sont, ou non, facilement attingibles.
Il n’y a pas de moyens, en art ; il n’y a pas de procédés ; il n’y a pas d’écoles ; il y a parfois des affinités et toujours des individus.
Une école – littéraire ou artistique – est en général un tempérament – qui se justifie par des théories.
Nous ne sommes pas loin de nier l’efficacité des découvertes scientifiques et leur répercussion sur les destinées du monde – tant que n’intervient pas l’artiste.
Le rôle de l’artiste, – lorsqu’il n’est pas de devancer, – est infailliblement de concréter pour les masses les vérités ambiantes que beaucoup pressentent en aveugles – sans les voir.
L’art peut être destiné à remplacer la religion dans le cœur des hommes, car c’est aussi une sorte de métaphysique – et qui a sa part large de mysticisme.
Il ne sert à rien de hocher la tête.
Nier la métaphysique, c’est en faire.
Aussi mal avisé serait-on de nier la métaphysique que de nier l’art. la métaphysique est l’art premier-né, et les autres arts en ont découlé, aussi pourrait-on incorporer la métaphysique dans l’Art dont elle est partie intégrante. Mais la métaphysique, – bien plus que l’Art, – devrait n’être que personnelle, « unicitaire ».
En Art, les choses sacrées sont les seules qui vaillent vraiment. L’artiste, pour œuvrer, peut à son gré les détruire, ou les créer.
II
Le monde extérieur nous offre son visage horrible et nous sommes tentés de vivre en nous. Pourtant nous participons à l’horreur universelle. Force nous est de subir le contact hideux et notre liberté, notre seule liberté, est notre possibilité de réagir.
Quelques possibilités de réagir s’offrent malgré tout aux modernes qui valent : l’Art, la Science, la Philosophie, la Foi, et, peut-être encore, l’Amour. Amalgamons-les aussi solidement que possible, et faisons-nous-en une armure et un balancier. Ainsi nous réaliserons l’action qui dure…
L’équilibre est une lutte.
Le malheur de l’homme vient immensément peut-être de ce que la vie l’oblige à se mettre au travers de l’évolution ; – la science de la vie consisterait donc à deviner, déduire, prévoir l’évolution et à ne s’y opposer en rien – sinon à l’aider.
Le propre de l’œuvre d’art, qui reste, est d’avoir été, au moins, parallèle à l’évolution.
La vie en société est la résultante des trois faims de l’homme : faim de l’estomac, faim d’amour et faim de l’esprit – et n’a d’autre but que de satisfaire plus aisément les trois. Toute la question sociale était là autrefois, y demeure aujourd’hui, y sera dans le futur.
Et c’est par là, par cet inéluctable, que la question sociale est soudée à la question artistique.
À l’artiste donc d’œuvrer, selon ses lois intimes. Plus que n’importe quel individu l’artiste est en évolution vers le Type. Ce qu’on appelle Type en biologie se nomme en art le Style.
Types et Styles étant représentatifs soit d’une famille soit d’une époque, l’artiste soucieux de demeurer, pour atteindre son ambition légitime ne doit parvenir à rien moins qu’à créer un Style. C’est là son but le plus élevé. Toutes les recherches et toutes les tentatives vers cette fin, sont infiniment respectables.
Le poète, l’artiste, doivent à leur titre d’artiste et de poète de ne pas montrer d’ébauches au public. Les notations et les esquisses, les indications et les trouvailles n’ont d’intérêt qu’entre gens du métier. La réalisation d’art est une chose définitive, et non un projet, si séduisant, soit-il.
Trois dimensions – ni même quatre – pas plus qu’elles ne peuvent limiter l’âme de l’artiste ne suffisent à l’exprimer. Si l’on essayait de représenter par une figure géométrique la psycho-physiologie de l’artiste et de son champ d’inspiration, c’est-à-dire le monde infini, il faudrait considérer un polyèdre aux innombrables faces, dont l’œuvre d’art serait la projection concrète sur l’écran intellectuel.
La perfection d’art varie avec chaque individu. Il ne s’agit donc pas d’obtenir d’autrui son suffrage. Il s’agit de réaliser des œuvres qui par leurs élans vers le Style, influent, ou tentent d’influer sur les destinées de l’espèce.
Marcello-Fabri.
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