vendredi 10 décembre 2010

PAUL CASTIAUX REVIENT SUR L'AVENTURE DES BANDEAUX D'OR

Avant de décrire quelques numéros des Bandeaux d'or, il m'a semblé intéressant de reproduire ici un texte de Paul Castiaux, leur co-fondateur et directeur, rappelant ce que fut l'aventure de cette importante petite revue de l'avant-première guerre mondiale. Les quelques lignes qu'on va lire sont extraites de l'"Enquête sur les revues d'avant-garde" que Maurice Caillard et Charles Forot donnèrent dans les N°62-66 de Belles-Lettres.

PAUL CASTIAUX
Lorsque les Bandeaux d'or furent fondés, quelque sept années avant la guerre, nous n'avions que le désir de constituer une anthologie avant tout poétique, à tirage fort restreint et destinée à quelques amateurs. Résolument vers-libristes, pour la plupart, nous cherchâmes à rallier ceux-là mêmes que nous aimions et que nous considérions comme des artistes libres cherchant à s'affirmer chacun selon son individualité propre. Je rappelle que les fondateurs des Bandeaux d'or furent P.-J. Jouve, Théo Varlet, et moi-même, qu'ils restèrent anthologiques, pendant trois ans et ne devinrent revue qu'ensuite. Le bref énoncé des successives collaborations me semble plus explicite que toute glose qui me paraîtrait superflue, et constitue une réponse à l'enquête que vous vous proposez. Je dois ajouter que jamais je ne songeai à faire des Bandeaux d'or l'organe d'une école, comme on a pu, à diverses reprises, chercher à l'insinuer. Dès ce second numéro, Émile Verhaeren, René Ghil, Fagus, René Arcos, Roger Allard, devinrent les collaborateurs des Bandeaux d'or. Verhaeren montra toujours pour notre groupe une grande amitié et n'hésita pas à la prouver à plusieurs reprises et notamment dans une réponse qu'il fit à une enquête littéraire dans l'Intransigeant. L'admiration que nous avions pour le très grand poète fut toujours égale, et cette confiance qu'il avait en nous était un fort prétexte à persévérer dans notre effort. Francis Vielé-Griffin, Henri de Régnier, Georges Duhamel, collaborèrent aux Bandeaux d'or dès le 3e fascicule. Notre groupe était dès lors constitué. Charles Vildrac enfin devenait des nôtres. Pas d'école, je le répète, mais chaque poète bien à sa place selon sa propre volonté d'art, de technique, d'idées.
Jules Romains, Marinetti, Malfère, collaborèrent au cours de la 2e année. Alexandre Mercereau arrivait parmi nous pendant la 3e année. Mais l'anthologie devient revue, comprenant outre le Calepin du Chemineau de Varlet, des rubriques régulières de littérature, de critiques (poèmes, prose, musique, théâtre, rédigées par Jouve, Arcos, Chennevière, Durtain, Castiaux). Francis Jammes, Paul Fort, Durtain, Chennevière, figurent comme poètes ou comme prosateurs. Georges Duhamel accepte une des plus importantes rubriques aux chroniques qu'il garde jusqu'au jour où le Mercure de France le désigne pour sa critique poétique.
Je ne puis mentionner le nom de tous les collaborateurs de la revue (Deubel, Périn, Cros, Billiet, Vanderpyl, etc.) ; cette liste est déjà longue. Je ne pense pas me tromper en disant, pour conclure, que les œuvres de tous ceux que je viens de citer constituent la majeure partie du chapitre de la littérature d'hier et de celle d'aujourd'hui. Et ceci me semble une réponse à une partie, au moins, de votre enquête.
(Belles-Lettres, 6e année, N°62-66, décembre 1924, p. 130-131)

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