YGGDRASILLN° 40 - quatrième année (septembre-octobre 1939)
[Date de publication : septembre-octobre 1939 - Couverture : Sans - En-tête : Titre, Sous-titre, Directeurs, Abonnements, Adresses, Année, Numéro, Prix du numéro, Date, Sommaire - Bas de page 263 : Annonce ("Vient de paraître / Editions Emile Paul - Collection Yggdrasill N° 5 / Poésies par André Bellivier") - Bas de page [268] : Imprimeur-Gérant - Pagination : 8 pages]
Sommaire
Yggdrasill : Nous continuons, éditorial (p. 261-262)
LES PREMIERS VERS DE LA GUERRE
André Druelle : Le Temps s'est écarté (p. 262) ; Epître (p. 262-263), poèmes (p. 262-263)
G[eorges]. Perron Louis : Sérénade triste, poème [sous le nom de l'auteur, cette précision : "Aux armées"] (p. 263)
Jean Tortel : Credo et chant de René Ghil, étude [sur Œuvre de René Ghil, 3 volumes (Messein, éditeur)] (p. 264-266)
Serge Essenine : Réponse à "l'Evangile de Demian", poème [en note : "Demian Biedny, de son vrai nom Efim Pridvoroff, avait publié dans la Pravda, journal officiel de Moscou, un pamphlet intitulé "L'Evangile de Demian" où, en vers de mirliton, il tournait en dérision la vie de Jésus. Serge Essenine répliqua au blasphémateur dans une poésie qu'on peut lire ci-dessus dans notre faible traduction. Sa riposte qui ne fut jamais imprimée n'en courut pas moins sous le manteau à travers la vaste Russie, et acquit ainsi une grande popularité. Après son suicide dramatique, S. Essenine fut déclaré par les Soviets "le poète des Koulaks". Aussi celles mêmes de ses œuvres qui avaient vu le jour de son vivant, furent-elles retirées de la circulation." - traduit du russe par G. M.] (p. 266)
André Bellivier : En marge d'une lecture de Ruysbroeck l'admirable, étude (p. 267-[268])
QUELQUES LETTRES DE NOS AMIS
Paul Mahéval : Que les temps ont changé depuis que je vous ai vu..., lettre (p. [268])
Michel Seuphor : Nous sommes tous les trois à Anduze..., lettre [à André Druelle] (p. [268])
Marthe Boissier : En ces heures graves, angoissées..., lettre (p. [268])
Henry Dérieux : Que vont devenir les lettres dans tout cela ?..., lettre (p. [268])
Document
"Nous continuons"
La guerre, cette guerre que repoussait la France et à laquelle nous contraint le dernier rejet d'Attila, aurait été une excuse légitime à l'interruption de notre revue. Car depuis quatre ans elle crée à ses directeurs des charges matérielles et intellectuelles finalement écrasantes.Mais nous avons repoussé la tentation et sa facilité : Yggdrasill continuera.Il fait sien désormais ce mot d'un de ses plus chers amis : "Mon seul désir est maintenant : comprendre et refléter."Comprendre où va le monde avec sa charge d'âmes toujours pures et de crimes encore impunis. Refléter, c'est-à-dire diffuser tout ce qui va naître, au cœur des poètes, de révoltes contre la barbarie, d'élans vers la fin de cette lutte où notre cause est engagée et d'où l'esprit doit sortir libéré des garrots que l'hitlérisme lui a déjà enfoncés en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Pologne. Et qu'il essayait de lui imposer jusque chez nous.En même temps qu'elle maintiendra entre les littératures amies (et nôtres sont et demeurent toujours les poésies de tous les temps où triomphe l'humain) les liens qu'au cours de quatre années elle avait réussi à nouer, cette revue servira aussi d'intermédiaire entre les écrivains mobilisés, puisque tout de suite un grand nombre d'entre eux nous l'ont demandé."Non, pas adieu aux poèmes...", nous écrit un poète qui signe maintenant sergent-chef.Non seulement elle publiera leurs vers et leurs lettres, mais elle donnera des nouvelles des uns aux autres, elle leur cherchera à travers les pays qu'elle touche des réconforts et renforts intellectuels, elle s'efforcera d'alimenter en eux et de défendre autour d'eux cette vie de l'esprit qui pour eux résumait la vie. Elle s'efforcera d'empêcher qu'entre leur devoir sévère (qu'ils affrontent comme naguère, de Péguy à Despax et de Paul Drouot à Sylvain Royé et Jean-Marc Bernard, tant de compagnons de notre jeunesse) et le monde de l'arrière ne se durcisse un silence pareil à un surcroît de guerre.Yggdrasill prend donc dès maintenant en charge ces vers pour lesquels les poètes ont vécu et déjà sacrifié les biens de ce monde.A chaque poète du front nous offrirons une de nos pages.Pour chaque poète tombé nous dresserons une stèle.Par delà l'espace interdit à tout ce qui n'est pas la mort Yggdrasill restera le lieu où la vie se souviendra d'avoir été humaine, universelle et pleine seulement de grands rêves.C'est là, nous l'espérons, que viendra palpiter sur l'aile ensanglantée de la poésie, tout ce qui, dans les tranchées, résiste au crime, repousse le suicide massif de l'homme et, contre l'esclavage totalitaire, entend défendre celle dont Paul Valéry a dit que de tous les poètes c'est encore la France qui est le plus grand.A ceux qui nous ont encouragés à reprendre notre travail, Yggdrasill dit "Merci" et répète : "Je continue".
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