mercredi 1 avril 2026

YGGDRASILL N° 2 - 25 MAI 1936

[Titre : YGGDRASILL - Sous-titre : Bulletin mensuel de la poésie en France et à l’étranger  - Dates de publication : 47 numéros, dont deux doubles, en 45 livraisons du 25 avril 1936 (n° 1) à mai 1940 (n° 47) - Périodicité : Mensuelle - Lieu de publication : Paris - Format : 250 x 330 mm - Couverture : Imprimée en noir sur papier bleu puis vert ; puis sans couverture à partir du n° 40 (septembre-octobre 1939) - Pagination :  de 8 à 20 pages (pagination suivie) - Prix et abonnements : Le numéro = 2 frs, puis 2 fr. 50 à partir du n° 9 (25 janvier 1937), puis 3 frs à partir du n° 6 de la 2e année (25 septembre 1937), puis 4 frs à partir du n° 10 de la 2e année (25 janvier 1938) – le n° 9 de la 2e année (25 décembre 1937) est vendu 5 frs ; Abonnement annuel (France) = 20 frs, puis 25 francs à partir du n° 8 (25 décembre 1936), puis 30 francs à partir du n° 10 de la 2e année (25 janvier 1938), puis 35 francs à partir du n° 33 (25 janvier 1939) ; Abonnement annuel (étranger) = 25 francs, puis 30 francs à partir du n° 4 (25 juillet 1936), puis 35 francs à partir du n° 1 de la 2e année (25 avril 1937), puis 40 francs à partir du n° 10 de la 2e année (25 janvier 1938), puis 45 francs à partir du n° 33 (25 janvier 1939) – Abonnement sur papier de luxe = 40 francs, puis 50 francs à partir du n° 1 de la 2e année (25 avril 1937) - Directeurs : Guy Lavaud et Raymond Schwab - Comité de rédaction (jusqu’au n° 8 du 25 décembre 1936) : Guy Chastel, Noël Jeandet, Guy Lavaud, Raymond Schwab - Collaborateurs (liste non exhaustive) : Endre Ady, Gunnar Ahlborn [trad.], Anna Akhmatova, Aleksandravicius, Maurice Allemand, Manuel Altolaguirre, Francis André, Jean-François Angelloz [trad.], Gabriele d’Annunzio, B. de Argensola, Alexandre Arnoux, Gabriel Audisio, Jean Babelon, Rosa Bailly [trad.], F. Baldenne, Margaret L. Barrie [trad.], Joseph Baruzi [trad.], Jean Baucomont, Madeleine Baudoin, Charles Baudouin, Nicolas Beauduin, Edmond Beaujon, Henri Bédarrida, Albert Béguin, André Bellivier, Einar Benediktsson, Émile Benveniste, Maurice Betz, Geneviève Bianquis, René Bichet, Lucien Blaga, Raoul Boggio, Marthe Boidin, Marthe Boissier, Édith Boissonnas, Abel Bonnard, Pierre Bost, Marie-Louise Boudat, André-G. Bourgeois, Élémir Bourges, Louis Brauquier, Bernardas Brazdzionis, Roger Brien, Maurice Carême, Thomas Carlyle, Hans Carossa, Georges Cattaui, André Cazamian, Philippe Chabaneix, Guy Chastel, Wilfrid Chettéoui, J. Chuzeville [trad.], Paul Claudel, Henri Clouard, Marguerite Combes, Henry Corbin, Jacques Crespelle, Guy-Charles Cros, Henri Dalby, Fernand Dauphin, Lanza del Vasto, Pierre Delisle, Christiane Delmas, J. Deny, Henry Dérieux, Paul Desfeuilles, Léon Deubel, André Devaux, Pierre Dodinh, John Donne, Paul Drouot, André Druelle, Alexandre Dumas, Marie-Jeanne Durry, Louis Émié, Juan del Encina, Pierre Engiraud, Francis Éon, Serge Essénine, P. de la Estrella, Adolphe de Falgairolle, Yvonne Ferrand-Weyher, Edmond Fleg, Francès Fletcher, Albert Flory, Maurice Fombeure, André Fontainas, Auguste Fontan, Roger Frène, Gustaf Fröding, Georges-Louis Garnier, J. Gaudefroy-Demombynes, Bernard Gaulène, Ivan Goll, Gongora, Benjamin Goriély, Michel Gorlin, A.-M. Gossez, Jean Grenier, Tomas Gudmundsson, Armand Guibert, Henri Guillemin, Jean-Marie Guislain, Guttormur J. Guttormsson, Hannes Hafstein, Anne Hardouin, Éric de Hauleville, Miguel Hernandez, Archiprêtre de Hita, Hugo von Hofmannsthal, Marie Holban [trad.], Claude Holma [trad.], Olle Holmberg, Teresa Hooley, S. et M. Ibrovac [trad.], Edmond Jaloux, Francis Jammes, Noël Jeandet [pseud. d’André Bellivier], Uuno Kailas, Sulev J. Kaja, V. A. Koskenniemi, Jonas Kossu, Henri Labouret, Georges Lafourcade, Pär Lagerkvist, Alphonse de Lamartine, Louis de La Salle, Patrice de La Tour du Pin, Robert de La Vaissière, Guy Lavaud, Philéas Lebesgue, Jean Lebrau, Paul Leclère, André Lelarge, Giacomo Leopardi, Sylvain Lévi [trad.], Géo Libbrecht, Pierre Lièvre, Henri-Philippe Livet, Jean Loisy, Lope de Vega, Jean Lorrain, Jacques Madaule, Paul Mahéval, Osmo Mäkelainen, Stéphane Mallarmé, Gerard Manley Hopkins, Gomez Manrique, Jean-Abel Marchand, Maurice Mardelle, Marcel Martinet, Henri Massé, Mathias, Lucien Maury, Ladislas Mécs, Camille Melloy, Mélot du Dy, Pierre Menanteau, Joseph Michaud, Paul-Henri Michel, Darius Milhaud, L. Molnos-Muller [trad.], Eugène Monfort, Eugenio Montale, Jean Mousset, B. Munteano, Amélie Murat, G. Muratoff, V. Mykolaitis-Putinas, Vladimir Nabokoff Sirine, Pierre Naert, Salomeja Néris, Jan Neruda, Paul Neuhuys, Marie Noël, J. Nogué [trad.], Antoine Orliac, Marcel Ormoy, Boris Pasternak, André Payer, Odilon-Jean Périer, G. Perron-Louis, Fernando Pessoa, Suzanne Peuteuil, Alexandre Pouchkine, Jean Pourtal de Ladevèze, Claude-André Puget, Michel Puy, Anne Quatremère de Quincy, Milan Rakitch, Marcel Raymond, Paule Régnier, L. Renou, Violette Rieder, Rainer Maria Rilke, Armand Robin, Denis Roche, Jules Romains, Jean Romann, Félix Rose [trad.], René Rougerie, Sylvain Royé, Runeberg, Umberto Saba, Saint-Pol-Roux, André Salmon, Salonen [trad.], Denis Saurat, Jean Schlumberger, Albert-Marie Schmidt, Raymond Schwab, Albert Schweitzer, Pierre Seghers, Marc Seguin, Michel Seuphor, Sevguenia (Princesse Ouroussof), Percy Bisshe Shelley, Sabine Sicaud, Johann Sigurjonsson, Jan Slauerhoff, Edith Sœdergran, Paul Souchon, Paul Souffron, Jean Soulié, Noto Souroto, Jacques Soustelle, David Stefansson, André Suarès, Jean Sulver, Jean Tardieu, Richard Thieberger, Jules-René Thomé, François Thuret [trad.], C. Tielrooy-de-Gruyter, Ernest Tisserand, Jean Tortel, Toursky, Gilbert Trolliet, Juljan Tuwim, Antanas Vaiciulaitis, Paul Valéry, H.-A. Valette, Moi Van Looberghe, Léon Vérane, Élise Vollène, Walt Whitman, Anton Widgans - Adresses : Librairie H.-P. Livet, 24, rue de Passy, Paris XVIe, puis, à partir du n° 44 (février 1940), Librairie Paul Magné, 79, boulevard Saint-Michel, Paris – Guy Lavaud, 5, boulevard Robespierre, Poissy – Raymond Schwab, 79, boulevard Saint-Michel, Paris - Dépôt général : Librairie H.-P. Livet (Paris XVIe), puis, à partir du n° 44 (février 1940), Librairie Paul Magné - Gérant : P. Lejay - Imprimeur : P. Lejay, 40, avenue Maréchal Foch, Poissy (Seine-et-Oise)]
YGGDRASILL
N° 2 (25 mai 1936)
[Date de publication : 25 mai 1936 - Couverture : Imprimée en noir sur papier bleu ; Titre, Sous-titre, Abonnements, Dépôt général, Comité de rédaction, Numéro, Prix du numéro, Date, Sommaire, Mentions ("Si cette Revue vous intéresse, si vous souhaitez qu'elle vive et grandisse, qu'elle devienne l'expression impartiale de toute VRAIE poésie, dites-vous que des ressources lui sont nécessaires. / Chaque parti politique trouve des millions de francs pour ce que Carlyle appelait LA MACHINE A MOUDRE POLITIQUE. / Si vous êtes du PARTI DE LA POESIE, vous nous enverrez votre souscription ou votre abonnement (Adresser les mandats à M. H.-P. LIVET, librairie "à la Comédie Humaine", 27, Rue de Passy - Paris 16°") - 2e de couverture : Articles (voir sommaire) - 3e de couverture : Suite du 2e article de la 2e de couverture et "Notes brèves" (voir sommaire) - 4e de couverture : Ouvrages des Collaborateurs et des premiers Amis d'YGGDRASILL (Guy Chastel, Vigiles ; Guy Lavaud, Poétique du Ciel ; Noël Jeandet, Sapho ; Raymond Schwab, Nemrod ; Robert de la Vaissière, Anthologie poétique du XXe siècle ; Jacques Madaule, Le Génie de Paul Claudel ; A.-M. Gossez, Les Poètes du XXe siècle ; Armand Got, La Poèmeraie, L'Arc en fleur ; Georges-Louis Garnier, La Grève du sang ; Marcel Raymond, De Baudelaire au surréalisme ; Jean Lebrau, Quand la grappe mûrit ; Henry Dérieux, La Poésie contemporaine de 1880 à 1935 ; Xavier de Magallon, Le Livre des ombres ; Paul Souffron, L'Eau lustrale ; Jeanne-Marie Durry, Raymond Schwab ; André Payer, Parabole du Jet d'eau ; A.-P. Garnier, Les Poésies de A.-P. Garnier ; J. Pourtal de Ladevèze, Sur les balcons du ciel ; H.-P. Livet, Chants du prisme ; René Fernandat, Voyage au purgatoire ; Roger Frène, Les Sèves originaires ; Maurice Mardelle, Les Compagnons de la cathédrale ; Albert Flory, Ls Jeux de la terre et du ciel ; Denis Saurat, Tendances) ; Encarts publicitaires (Librairie "La Comédie Humaine" de H.-P. Livet ; La Librairie du Divan) ; Gérant ; Imprimeur - Pagination : 16 pages]
Sommaire
Thomas Carlyle : L'Arbre Yggdrasill, extrait [de Les Héros - trad. d'Izoulet] (2e de couverture)
Yggdrasill : Où nous en sommes, éditorial (2e et 3e de couverture)
Noël Jeandet : Poème, poème en vers libres [en trois parties numérotées de I à III] (p. 1)
Raymond Schwab : Le Cinquantenaire du Symbolisme, étude (p. 1-3)
Marcel Martinet : Passage (fragment d'un poème), poème en vers libres [extrait de Une feuille de hêtre II] (p. 3)
Henri Guillemin : Lamartine et la création poétique, étude (p. 4-7)
Alphonse de Lamartine : Un inédit : A Madame de Lasa traductrice de "Jocelyn", poème [daté "Paris, 20 avril 1841"] (p. 7) 
Paul-Henri Michel : Giordano Bruno poète, étude (p. 7-11)
Paul Souffron : Les Toits ; Le Cloître, poèmes (p. 11) 
Paul Desfeuilles : Otokar Brézina et la Poésie tchèque, étude (p. 11-14) 
*** : La Crise de conscience, citation [d'un article d'Henri Martineau paru dans Le Divan] (p. 14-15)
Henry Dérieux : La Poésie de Pierre Louÿs, étude (p. 15-16) 
Les Archers : Notes brèves, échos et notes [Les vers vengeurs. - Notre ami, Henri Martineau, vient de publier aux éditions du Divan, un volume de vers inédits de P.-J. Toulet. On y trouvera plus d'une pièce, digne, comme l'écrit Martineau, du maître des Contrerimes. On y verra aussi, au prix de quels efforts toujours recommencés, P.-J. Toulet atteignit à la perfection. Nous reviendrons sur ce livre. Pour l'instant signalons seulement qu'il contient une partie vengeresse... ; Encore Fauchois. - De Toulet (décidément bon juge) un lecteur nous signale encore, comme suite à notre petit écho du n° 1, ces quelques lignes... ; Ceux qui s'abusent. - De M. Maurice Dekobra : "Ma plus grande déception littéraire fut de rencontrer dans un salon une femme du monde outrageusement décolletée, excessivement parfumée et qui me demanda en minaudant : / - Savez-vous à qui vous ressemblez ? / - Non. / - Vous ressemblez à Maurice Dekobra... Mais vous avez l'air plus intelligent que lui." ; Un scandale qui dure. - Il y a trente-cinq ans le Précis de littérature de M. René Doumic dégoûtait déjà tous les élèves intelligents. A ce livre sans valeur ils préféraient (nourriture de beaucoup plus substantielle) l'ouvrage de Lanson... ; Pourquoi pas !. - M. Pierre Barlatier a présenté, dans Comœdia, deux comédiens qui exportent autour du monde la poésie française ; laquelle ?... ; Un grand lettré. - "Monsieur Lebrun a assisté aux débuts de Chevalier et de Charles Laughton à la Comédie Française". (Les Journaux). Sans doute à cause de Chevalier ? ; Technicien du fauteuil. - C'est une manie, sans doute. M. Jean Desthieux vient en effet de se nommer Président de la Corporation internationale des Littérateurs et écrivains de langue française. Rappelons que M. Desthieux s'était déjà désigné comme directeur et rédacteur de la Revue Les Heures perdues, comme grand Maître de l'Ordre des Poètes, et comme membre de l'Académie Méditerranéenne... ; Monostiches. - Le poète roumain Ton Pillat, qui a obtenu cette année le prix national de littérature en Roumanie, vient de publier aux éditions Cartea Romanesia, à Bucarest, un volume de poèmes de un vers... ; Regrets. - Un lecteur nous demande l'adresse de la Société des poètes français. Nous sommes au regret de ne pouvoir le satisfaire. Nous ne connaissons que la Société des plus mauvais poètes français. ; Yggdrasill. - Quelques lecteurs se sont étonnés de ce titre. Nous reproduisons donc en tête de ce numéro une page de Carlyle qui éclaircira le mystère...] (p. 3e de couverture)

Documents

"L'Arbre Yggdrasill, de Carlyle"

J'aime aussi cette représentation qu'ils (les anciens scandinaves) avaient de l'Arbre Yggdrasill. Toute la Vie est figurée par eux comme un Arbre. Yggdrasill, le Frêne, Arbre de l'Existence, a ses racines profondément enfoncées dans les royaumes de Héla ou Mort ; son tronc s'élève haut comme le ciel, étend ses rameaux sur tout l'Univers : c'est l'Arbre de l'Existence. A ses pieds, dans le Royaume de la Mort, se tiennent trois Nornes, Fatalités, le Passé, le Présent, le Futur, arrosant ses racines d'eau puisée à la Source Sacrée. Ses "rameaux", avec leurs bourgeonnements et leurs effeuillements, - événements, choses souffertes, choses faites, catastrophes, - s'étendent à travers toutes les terres et tous les temps. Chacune de ses feuilles n'est-elle pas une biographie, chaque fibre, là, un acte ou un mot ? Ses rameaux sont les Histoires des Nations. Son bruissement est la rumeur de l'Existence Humaine, en avançant depuis l'Antiquité. Il croît là, le souffle de la passion humaine bruissant à travers lui ; - ou secoué par l'orage, le vent d'orage hurlant à travers lui comme la voix de tous les dieux. C'est Yggdrasill, l'Arbre de l'Existence... Considérant comment les choses humaines circulent, chacune inextricablement en communion avec toutes, - comment le mot avec lequel je vous parle aujourd'hui est emprunté... de tous les hommes depuis que le premier homme commença à parler, - je ne trouve aucune assimilation si vraie que celle d'un Arbre. Belle, tout à fait belle et grande. La "Machine de l'Univers", - hélas ! penser seulement à cela comme contraste !

CARLYLE
(Les Héros, trad. Izoulet)
"Où nous en sommes"

Il paraît qu’un poète belge, J. Milbauer, ayant intitulé son premier recueil de vers : Fer et Acier, un grand consortium de libraires, abusé par le titre et croyant qu’il s’agissait d’un ouvrage technique, en fit une telle commande que le tirage fut aussitôt épuisé.

Yggdrasill aurait dû s’intituler : Les Soviets partout. Il aurait trouvé plus d’abonnés.

Néanmoins, dès son deuxième numéro, Yggdrasill se sent rassuré.

Ce qu’il avait prévu est arrivé.

Il a retrouvé tous ses vieux amis de jadis et la jeunesse est avec lui.

Mais une fois de plus ce sont les mêmes qui se font tuer.

La main du pauvre s’ouvre plus largement que celle du riche.

Un poète sans argent envoie tout de suite ses vingt francs.

Un poète riche envoie ses vers.

Les mondains n’envoient rien du tout.

Yggdrasill s’y attendait.

Il savait que les écrivains ne s’intéressent qu’aux comptes de leurs éditeurs et aux coupures de L’Argus.

Il n’a vu là qu’une raison de plus de durer.

« Yggdrasill rendurcit de blessures son fût. »

Mais l’arbre Yggdrasill, ne l’oublions pas, est un frêne. Il ne porte donc pas de poires.

Ses quinze cents numéros et ses bulletins de souscription n’iront plus alimenter la corbeille à papier des écrivains qu’il entend défendre et qui n’ont pas cru nécessaire de s’abonner.

Ils iront aux bibliothèques, aux associations, partout où Yggdrasill pourra être là, en France et à l’étranger. Car l’étranger, lui, s’intéresse à notre revue. C’est d’Angleterre, d’Italie, d’Allemagne, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, que nous sont venus des abonnements.

On croit encore, ailleurs que chez nous, à la primauté intellectuelle de notre pays.

Yggdrasill, ignorant ces gens qui, en guise de viatique, lui envoient leurs sonnets, et riche déjà de deux ou trois cents abonnés, continuera à vivre le temps qu’il faudra : cinq ans, dix ans s’il le faut.

Parce que, sans plus se soucier de ceux qui paraissent à tous les banquets et n’ont pas vingt francs dans leur poche lorsqu’il s’agit de soutenir un effort désintéressé, les rédacteurs d’Yggdrasill s’abstiendront eux d’aller aux banquets et gagneront de quoi payer l’imprimeur.

Yggdrasill retrouve en liberté ce qu’il aura perdu en abonnements. Pour son grand travail de reclassement impitoyable, il se sent plus fort, plus indépendant et plein de sa vieille espérance :

« Quelques oiseaux cachés du fond d’un très vieux songe

À force de chanter "Tu montes" font monter. »

La question matérielle est pour nous résolue.

Que les indifférents gardent leurs vingt francs. On ne les leur demandera plus.

Nous allons faire sans eux du bon travail. Ceux d’avant-guerre et ceux d’aujourd’hui

« Sur chaque fibre un vieux essaim qui redescend

Y croise à la saison un jeune essaim qui monte. »

Yggdrasill reste ce lieu d’élection où la poésie sera rassemblée et commentée sans distinction d’écoles ni de pays.

Yggdrasill a suscité, en effet, des demandes et des regrets : patience ! on ne peut ni tout exprimer du premier mot, ni devancer le mouvement naturel par quoi chaque tendance prend sa place due. Mais on reconnaîtra bientôt que chaque voix qui compte est entendue ici, avec son timbre et tout son volume.

Ni à la seule poésie française ou contemporaine, ni à aucun parti de la pensée ou de la forme, nous n’accorderons de privilège : mais les nécessités matérielles nous obligent à un échelonnement de nos projets.

On aperçoit que nos études rapprochent souvent de la mystique la poétique : ainsi le veut leur double nature. Mais nos mesures déjà sont prises pour qu’à rang égal avec la mystique chrétienne, celles de l’Inde, du Tibet, de l’Islam, se produisent dans toute leur immensité : sur Ibn Arabi comme sur Angelus Silesius ou Luis de Léon, sur Blacke ou Rilke nos collaborateurs sont prêts. Nous recueillons des textes originaux, védiques et mongols.

Les informations sur la poésie nationale sont inévitablement venues les premières et les plus nombreuses ; nous entendons en donner de tous les climats. Et l’une des idées que nous réaliserons au plus tôt sera de publier des numéros spécialement consacrés à la poésie actuelle de l’Angleterre, de la Russie, de l’Espagne et de l’Amérique latine.

YGGDRASILL.

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