lundi 2 mai 2011

LE NAIN ROUGE N°4 - JUIN 1909

LE NAIN ROUGE
N°4 (Juin 1909)
[Date de publication : Juin 1909 - Couverture : Numéro, Date, Titre (en rouge), Sous-Titre, Illustration (en rouge et noir), Prix et Abonnement, Adresse - 2e de couverture : Bibliographie (Terre d'Oc par Émile Pouvillon (Plon-Nourrit) - signé L[ouis]. M[andin]. ; Rémy de Gourmont et son œuvre par Paul Delior (Mercure) - signé A[ndré du]. F[resnois]. ; Provinciales par Jean Giraudoux (Grasset) - signé A[ndré du]. F[resnois]. ; La Jeunesse de Charles-Marie par Robert de Beauplan (Sansot) - signé A[ndré du]. F[resnois]. ; La Chanson de Naples par Eugène Montfort (Fayard) - signé A[ndré du]. F[resnois]. ; De la poésie scientifique par René Ghil (Castein-Serge) - signé A[ndré du] F[resnois]. ; Attitudes par Sylvain Bonmariage (Société Française d'éditions modernes) - signé L[ouis] M[andin]. ; Le Laurier et les Roses par Henry Rigal (Grasset) - signé S[uzy]. L[eparc].) - 3e de couverture : Publicité pour les éditions Dorbon-Aîné (dernières parutions) - 4e de couverture : Titre, Directeur et Administrateur, Présentation ("Le Nain Rouge est une petite revue rédigée par un groupe d'amis, qui n'a d'autre prétention que de chercher à être un recueil de chroniques et de poésies point trop ennuyeuses à lire. / Quelques notes bibliographiques et un supplément théâtral rédigé par M. J. Hermet-Manégat complètent la sauce. / Et les personnes qui ne la trouvent pas de leur goût sont tout à fait libres de ne pas verser les cent sols donnant droit aux douze fascicules qui paraîtront dans l'année."), Sommaire - Deux pages non numérotées en fin de numéro : Page [I] Encarts publicitaires (Nouvelle Librairie Nationale : Henri Dutrait-Crozon, Précis de L'Affaire Dreyfus avec un répertoire analytique, Un vol. in-16, de XIV-812 p., reliure peau souple. 6 fr. ; Louis Dimier, Les Maîtres de la Contre-Révolution au XIXe siècle... ; Hervé de Rauville, L'Ile de France contemporaine... // Photographie d'Art H. Sjövall) ; Page [II] muette - Pagination : 32 pages + XXX pages]
Sommaire
Raymond de La Tailhède : Sonnets : "Ce n'était pas l'amour, mais une ombre ennemie..." (p. [113]) ; "O nuit, ô nuit livide incrustée en ma chair..." (p. 114) ; "Tu ne peux te douter, pauvre tête chérie..." (p. 115)
Louis Thomas : Le Roi fou (p. [116]-117)

Julien Ochsé : Netskés, poème (p. [118]-119)

Louis Mandin : Julien Ochsé (p. [120]-124)

Henri Gadon : Ile de France, poème (p. [125]-127)
Paul-René Cousin : Petit Tableau, poème (p. [128])

Albert Clarke : Le sceptique Frédéric II (p. [129]-132)
Émile Henriot : Le Sage, poème (p. [133]-135)
Georges Pierredon : Carmen, ma femme. Confession d'un artiste [précédant la signature : "Pour réalisation conforme"] (p. [136]-137)
André du Fresnois : Bulles de savon [Des revues (voir Document) ; Monument (voir Document) ; Incongruités. - Il y eut le concours de poésie de l'Odéon...] (p. [138]-144)
J. Hermet-Manégat : La Vie théâtrale. Supplément au "Nain Rouge" [Beethoven. Pièce en trois actes en prose de M. René Fauchois. Théâtre de l'Odéon (p. [XLIX]-LIII) ; L'Impératrice. Pièce en quatre actes et sept tableaux de M. Catulle Mendès. Théâtre Réjane (p. LIII-LVIII) ; Le Greluchon. Pièce en trois actes de M. Maurice Sergines. Théâtre de l'Athénée (p. LVIII-LX) ; L’Âne de Buridan. Pièce en trois actes de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet. Théâtre du Gymnase (p. LX-LXI) ; Connais-toi. Pièce en trois actes de M. Paul Hervieu. Comédie française (p. LXI-LXVIII) ; Comédie Française. A travers le répertoire (p. LXVIII-LXXIII)] (p. [XLIX]-LXXIII)
Candide : Notes [M. Jean Nouguès. - C'est un homme qui n'est pas très grand, qui n'est pas très gros, mais qui est assez rond tout de même... ; Cyril. - Retenez ce nom : c'est celui d'un jeune homme qui vient de faire paraître un recueil de nouvelles, son premier livre... ; La Nouvelle Revue Française. - Depuis février 1909, MM. Gide, Copeau, Ruyters, Schlumberger publient une revue littéraire qui est à l'heure actuelle la meilleure de ces revues, et presque la seule puisque Vers et Prose ne paraît, à notre regret, que tous les trois mois, et que ce délicieux humouriste qui a nom Jean Royère a définitivement réussi à faire de la Phalange une succursale de Charenton... ; Noir et Blanc. - Annonçons pour octobre, une nouvelle revue, intitulée Noir et Blanc, et qui paraîtra sous le "contrôle" de MM. Julien Ochsé et Louis Thomas. ; Littérature. - Nous avons reçu la lettre suivante, que nous nous faisons un devoir d'insérer. Ainsi sera fait pour tous les esprit du même style : Monsieur et cher Collègue, / Un hasard m'a mis entre les mains le numéro de votre revue le Nain Rouge et je viens avec mes bien vives félicitations vous formuler une demande d'abonnement. Vous voudrez bien m'en faire le service à l'adresse de la revue Idées Libres, à laquelle je collabore et qui a son siège, 39, rue Peyrolières ou bien chez M. Carl Max, 11, rue Baour-Lormian, à Toulouse. / J'ai été extrêmement intéressé par le courage, la jeunesse et l'originalité de la plupart de vos collaborateurs et je me trouve d'emblée en parfaite communion d'idées avec la plupart d'entre vous. Ceci me détermine à vous proposer d'être votre correspondant à Toulouse ou en tous cas à vous adresser une chronique concernant les manifestations provinciales du Foyer que vous pourriez insérer, si elle vous paraît cadrer avec la tournure générale de votre Revue. / Vous recevrez cette étude par un prochain courrier. Si elle ne pouvait passer chez vous, veuillez me la retourner afin que je puisse l'envoyer sans trop tarder à la Revue Les Tendances Nouvelles à laquelle je collabore. / Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments bien sympathiques. / Numa Violette. / Toulouse, 11 avril 1909.] (p. [LXXIV]-LXXVIII)
Document
"Bulles de Savon"
Des revues
Dans un temps où l'anarchie apparaît partout, dans les esprits, dans les institutions, dans les mœurs, il convient de signaler quelques revues dont l'existence témoigne d'un essai d'organisation.

La publication de M. Georges Deherme, La Coopération des idées, s'adresse à tous les esprits qui s'efforcent de tirer du chaos présent les pierres d'un édifice d'ordre et de civilisation. Le nom du directeur dit assez que l'on n'y admet d'autre méthode que le (sic) discussion loyale, d'autre principe que la sincérité. M. Deherme a publié un livre sur la Démocratie vivante. Ai-je besoin d'ajouter que par démocratie il n'entend point le règne des sots et des canailles ? Ce n'est pas davantage ce régime de liberté dans lequel tous les appétits librement déchaînés, et que nul frein - tradition, famille, corporation - n'enraye plus, se heurtent dans une mêlée où le plus faible est étouffé. Cette démocratie, vivante, parce qu'organisée, ressemble plutôt à la société d'ancien régime. M. Deherme sera sans doute qualifié de réactionnaire, épithète que méritent et Renan, et Comte, et tant d'autres auxquels la démocratie, dans son ignorance, a élevé des statues. Elle les renverserait demain, si elle pouvait être sensible à l'ironie de leurs bouches muetttes.

La pensée de M. Deherme procède surtout d'Auguste Comte. Dans un petit livret récent, consacré au sociologue et à son œuvre, M. Deherme reconnaît sa dette et publie sa reconnaissance. Je le recommande aux personnes qui veulent prendre une vue exacte des doctrines positivistes, si généralement méconnues. D'Auguste Comte encore se réclament les écrivains de la Revue critique des idées et des livres, qui se rapprochent par plus d'un point des opinions de M. Georges Deherme. Ils en sont séparés par leur conception du pouvoir politique. A la suite de M. Charles Maurras, cet admirable poète de la dialectique, ils posent le principe monarchique comme base nécessaire de toute œuvre française. M. Deherme, après Comte, s'occupe moins de la nature du pouvoir que de son application. Mais comme les uns et les autres tombent d'accord sur certaines nécessités présentes ! C'est que chez des esprits de cette valeur, la discussion, qui divise les médiocres, aboutit presque toujours à une entente. Leurs adversaires, qui évitent de les attaquer de front, ne confessent-ils pas leur faiblesse ?

Les Marches de l'Est, luxueux recueil trimestriel, se proposent de montrer que "Alsace, Lorraine, Luxembourg, Ardennes, pays wallons, désunis par les hasards des guerres et des traités, ont connu des gloires communes et ont toujours participé à la même civilisation".

Tout ce qui touche l'histoire politique, militaire ou artistique des provinces comprises entre le Rhin et l'Escaut, formera donc le champ d'action ouvert aux collaborateurs.

Le premier numéro comprend des articles ou des chroniques de Mme la comtesse de Noailles ; MM. Dumont-Wilden ; Charles Demange, dont le premier ouvrage, Le livre de Désir, un peu trop mièvre, un peu trop obscur, prouve une sensibilité bien délicate et des qualités de style qui s'affermiront à mesure que la pensée deviendra plus riche ; Georges Ducrocq, Maurice des Ombiaux, notre collaborateur Désiré Ferry, etc.

M. Maurice Barrès y a écrit une préface, assez écourtée, car il s'occupait dans le même temps à diriger les premiers pas de sa Colette. Il nous parle d'elle : "J'aurais plus de succès à la foire, si j'y portais une perruche. Mais j'ai cherché à faire aimer une fauvette de nos climats." Voilà de quoi réjouir tous ceux, et j'en suis, qui dans le doctrinaire des Bastions de l'Est, se plaisent à retrouver parfois le jeune ironiste qui aima Bérénice, notre sœur tendre et ployée. Jeune : c'est la jeunesse qui nous séduit en Barrès. Mon ami Maxime Detresle me parlait naguère, en souriant un peu, ainsi qu'il sied, de l'émotion dont il fut saisi le jour qu'il vit pour la première fois Maurice Barrès à la Chambre :

"Grand et mince, en veston, les traits accentués de la face adoucis par la distance, Barrès, me dit-il, regardé du haut des tribunes, a toujours vingt-cinq ans. Les travaux de la pensée ne dégradent pas une figure d'homme, pas plus qu'un corps de femme les travaux de l'amour. Les belles têtes d'homme, qui sont les têtes d'artistes, restent belles jusqu'à la fin. Les beaux visages de femme, qui sont les visages d'amoureuses, gardent longtemps leur grâce et leur rayonnement. Il est certain que les angoisses intellectuelles ont rarement contribué à déterminer l'alopécie de nos parlementaires. L'exemple de Barrès m'incline à penser que les idées sont la graine dont naît une chevelure vivace.

"Ce jour-là un député socialiste, ayant besoin de son témoignage et par manière d'artifice oratoire, parla "du beau fleuron que Maurice Barrès ajoute à la couronne littéraire de la France". Là-dessus, murmures à l'extrême-gauche. On n'y goûte pas Barrès. Comment avoir du talent sans être au moins radical ? Ce ne fut pas le chahut que déchaîne la colère, mais le petit glapissement indécent de l'envie. Je prends toujours un plaisir aigu à découvrir dans sa naïveté la haine que suscite toute supériorité de l'intelligence. La sympathie, dit Auguste Comte, est le grand mobile de l'action. Sans doute, mais pour certains esprits, le mépris en est un autre. Barrès, tu le penses bien, ne  broncha pas. Mais son regard ! Son regard - je l'imaginai peut-être - qui domina sur l'obscur grouillement de ces larves..."

Et côte à côte, Maxime et moi, nous relûmes dans un ancien fascicule d'une petite revue, le Commentaire d'un regard, par Eugène Marsan.
Monument
Le cercueil, dressé comme un fantôme devant "le siècle épouvanté", s'est entrouvert sous les coups de hache. Une femme nue, qui est la Postérité, pour une fois confondue avec la Justice, arrache les dernières planches et le visage admirable du comte de Villiers de l'Isle-Adam apparaît
Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change,
moustache de mousquetaire et regard de demi-dieu.

Telle est la maquette du monument que le sculpteur Frédéric Brou a conçu pour honorer la mémoire de Villiers. Un comité, présidé par M. Jean Richepin, et dont font partie Mmes Judith Gautier, de Noailles, de Polignac, de Rohan, de Chabannes-la-Palice, MM. René Boylesve, Léon Dierx, Anatole France, Pierre Louys, Maurice Maeterlinck, Paul Margueritte, Frédéric Mistral, Henri de Régnier, Édouard de Rougemont, Saint-Saëns, etc., a entrepris de le faire ériger à Paris.

A l'époque où certains sollicitaient de quelques milliers d'imbéciles un siège électoral, Villiers, un trône devenu vacant en Europe, y fit valoir ses droits. Cela définit un homme. Héritier d'une race plus ancienne que la plupart des familles régnantes du monde, il avait quelque qualité pour faire retentir parmi nous la protestation d'une beauté que l'on dédaigne, et la revendication du rêve.

Notre génération s'est dégagée ou se dégage du romantisme ; c'est son originalité et sa vertu. Villiers en était tout pénétré. A cause de cela, certaines parties de son œuvre ont beaucoup vieilli, mais d'autres sont éternelles, comme l'âme qu'elles traduisent, et je ne pense pas qu'aucun de nous se refuse à ranger Villiers de l'Isle-Adam au nombre de ces rares esprits qui demeurent, selon l'heureuse formule de M. Eugène Montfort, des "romantiques que nous pouvons aimer".

Le Nain Rouge publiera la liste de toutes les souscriptions au monument Villiers de l'Isle-Adam qui seront adressées à l'administrateur, 145, boulevard Malesherbes.
(...)
ANDRÉ DU FRESNOIS

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