mercredi 13 avril 2016

LE JOURNAL DES POÈTES (2e année) N° 25 - 28 MAI 1932

LE JOURNAL DES POÈTES
2e année - N° 25 (28 Mai 1932)
[Date de publication : 28 mai 1932 - Page [1] en-tête (2 colonnes) : Année, Numéro, Date, Prix, Titre, Sous-Titre, Adresse, Téléphone, Compte chèque postal, Abonnement - Page [1] bas de colonne 1 : "Dans ce numéro : ("la table des matières des 24 premières publications de notre seconde série. / Ajoutez-y les noms nouveaux et les divers articles du présent journal. / Cela remplace notre éditorial, les faits se substituent victorieusement aux paroles : / 6 PAGES AU LIEU DE QUATRE.") - Page [1] haut de colonne 4 : Le comité directeur : L.-Ch. Baudouin, Pierre Bourgeois, Paul Dermée, Henry Fagne, Pierre Flouquet, René Meurant, Marcel Martinet, Charles Plisnier, Georges Ribemont-Dessaignes, André Salmon, Edmond Vandercammen, Henri Vandeputte. / Administrateur : L. Vandenheuvel / vous présente ses remercîments et vous demande votre appui. Trouvez-nous durant l'été, des collaborateurs, des souscripteurs et des lecteurs. Ecrivez-nous. Car notre repos annuel sera actif..." - Page [1] bas de colonne 3-4 : Annonce ("Venez nous voir / ce Samedi 28 Mai, à 20 h. 30, à la Galerie Javal et Bourdeaux, Place Sainte-Gudule, 23-24, Bruxelles, à la première réunion publique des Amis bruxellois du "Journal des Poètes". Le quatuor de récitants (Mme Jeanne Dubois, Mlle Anita de Brouckère, MM. Sébastien Dongrie et Georges Génicot) présentera "Le Fléau" de Verhaeren, "La Légende du roi d'un jour" de Chennevière et "La Rapsode foraine" de Corbière. / Interventions de MM. P. Bourgeois, R. Goffin, A. Lepage, Ch. Plisnier, L.-P. Thomas et R. Vivier. / Participation aux frais : 3 francs.") - Page [2] bas de colonnes 2-4 : Appel ("Si tous nos lecteurs voulaient devenir nos amis, et nous aider à repartir d'une façon plus sûre et plus imposante, lorsque viendra l'automne... Ils peuvent inciter leurs amis à acheter la collection complète de la seconde saison : 25 francs. Quant à eux, pourquoi ne deviendraient-ils point nos coopérateurs ?") - Page [4] bas de colonne 1 : Comité mexicain du "Journal des Poètes" : MM. Castillo Najera, Alfonso Reyes, Genaro Estrada, Jaime Torres Bodet, Xavier Villaurutia, Bernardo Ortiz de Montellano - Page [4] bas de colonnes 2-3 : Annonce ("Eté 1932 / Toutes les autos prennent la direction du Kursaal d'Ostende") - Page [4] bas de colonne 4 : Éditeur - Page [5] bas de colonnes 2-3 : "Le 27-6-31 a paru notre première table" - Page [6] bas de colonnes 1-4 : Appel ("Organisée, l'édition poétique s'imposera. (A qui fera-t-on croire que la liberté et la fantaisie de l'inspiration sont menacées, si les poètes et leurs amis défendent intelligemment la diffusion de leurs œuvres.) / Adhérez à la Société Coopérative le Journal des Poètes ; Extraits des statuts ; Bulletin d'adhésion) - Pagination : 6 pages]
Sommaire
LES FORMES DIVERSES DE LA RÊVERIE
Léon Gabriel Gros : Portrait de femme, poème en vers libres (p. [1 ; col. 1]) 
Pierre Bourgeois : Métaphysique sentimentale, poème en vers libres (p. [1 ; col. 2])
Pierre Flouquet : Paul Dermée nous parle de poésie et de science, entretien (p. [1 ; col. 2-3])
Charles Plisnier : Mille neuf cent treize, poème en vers libres [extrait de Lénine] (p. [1 ; col. 4])
René Meurant : Fragment, poème [extrait de Naissance de la révolte] (p. [1 ; col. 4])
DE DOUZE POÈTES D'EUROPE
Henri Vandeputte : Grâce beauté repos [daté "1925"] ; Black and White [daté "1931"], poèmes en vers libres (p. [2 ; col. 1])
Madeleine Israël : J'ai bu ce vin-là..., poème en vers libres (p. [2 ; col. 1])
Von der Vring : Au Cap, il y a une maisonnette..., poème [traduit de l'allemand par M. et J. H. Fagne-Gümbel] (p. [2 ; col. 1])
Jean Follain : De la coupe aux lèvres, poème en vers libres (p. [2 ; col. 1])
Paul Werrie : Le tambour à la sourde ; Cathédrale informe (Invocation), poèmes en vers libres (p. [2 ; col. 2])
Mathilde Pomès : Neige, poème en vers libres (p. [2 ; col. 2])
André Salmon : Mort d'un ouvrier, poème en vers libres [en épigraphe, citation d'Eugène Lantz (Poèmes d'ouvriers américains) : "Ce n'était pas le premier qui s'en allait ainsi."] (p. [2 ; col. 3])
Marcel Sauvage : Jeu de construction, poème en vers libres [extrait de Socrate, à paraître] (p. [2 ; col. 3])
Pierre-Louis Flouquet : Les seins (p. [2 ; col. 3]) ; Bouches d'ombres et de rires (p. [2 ; col. 3-4]), poèmes en vers libres (p. [2 ; col. 3-4])
Wilhelm Klemm : Bataille, l'après-midi, poème [traduit de l'allemand par Yvan Goll] (p. [2 ; col. 4])
Edmond Vandercammen : Vêtements pauvres, poème en vers libres [extrait de Naissance du sang] (p. [2 ; col. 4])
Siegfried Sassoon : Permissionnaire, poème [adapté de l'anglais par Stéphanie Chandler] (p. [2 ; col. 4])
OUTRE-OCEAN, OU LES POETES SONT HONORES... 
MEXIQUE
M[athilde]. P[omès]. : Entrée en matière, présentation [sur Jaime Torrès Bodet] (p. [3 ; col. 1])
Jaime Torrès Bodet : I. Diamant (p. [3 ; col. 1]) ; II. Cabotage (p. [3 ; col. 2]), poèmes [traduction de Mathilde Pomès] (p. [3 ; col. 1-2])
Xavier Villaurutia : 1. Tableau (p. [3 ; col. 2]) ; 2. Air (p. [3 ; col. 2-3]), poèmes [extraits de Cultura-Méjico, 1926] (p. [3 ; col. 2-3])
Bernardo Ortiz de Montellano : Femme de minuit, poème (p. [3 ; col. 3])
Genaro Estrada : Panorama, poème [extrait de Ecalera (ed. del Murciélago, Méjico, 1929] (p. [3 ; col. 3])
Alfonso Reyes : Deux inédits : Peint par lui-même [fragments de la pièce Conflicto, dans le volume de Pausa, Paris, 1926] ; Consécration [daté "Rio Janeiro, Nov. 1931"], poèmes (p. [3 ; col. 4])
Mathilde Pomès : Panorama, étude [sur la poésie mexicaine contemporaine] (p. [3 ; col. 1 - 4])
Carlos Pellicer : Etudes, poème [daté "Juillet 1931"] (p. [4 ; col. 1])
Gilberto Owen : Allégorie, poème en prose [traduit par Mathilde Pomès] (p. [4 ; col. 1])
Enrique Gonzalez Rojo : Femme nue, poème [extrait de Espacio] (p. [4 ; col. 1])
Amado Nervo : En paix, poème [extrait de Elevacion - traduit par Paul Vanderborght] (p. [4 ; col. 1])
*** : Propagande : L'activité du groupe parisien des amis du Journal des poètes, compte rendu (p. [4 ; col. 2])
Constant Burniaux : Nature morte, poème en vers libres (p. [4 ; col. 2])
 ETATS-UNIS
(M. L.-G. Gros a traduit à votre intention quelques poèmes américains)
Stanley Burnshaw : L'ombre et les yeux, poème (p. [4 ; col. 3])
Allen Tate : Monsieur Pope, poème (p. [4 ; col. 3])
Forrest Anderson : Erreur de navigation, poème (p. [4 ; col. 3-4])
Malcolm Cowley : En mémoire de Florence Mills, poème (p. [4 ; col. 4])
Charles Plisnier : Révisions : Le salut dans la fuite, étude [suites de l'affaire "Front rouge"] (p. [4 ; col. 4])
*** : Une expression poétique du monde ou l'aventure d'un hebdomadaire belge, table alphabétique [des 24 premiers numéros de la seconde série 1931-1932] (p. [5 ; col. 1-4 - 6 ; col. 1])
*** : La Revue des Revues [La Nouvelle Equipe (Louvain). - Un plaidoyer émouvant pour un cinéma plus "poétique"... ; Feuillets (La Chauds-de-Fonds) est une revue printanière paraissant annuellement, à Pâques... ; Sang nouveau (Charleroi) continue de prouver que la Wallonie nouvelle comprend certains poètes et artistes modernes de valeur... ; Commerce, hiver 1932. - Cahier trimestriel publié par les soins de Paul Valéry, Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud... ; Les Cahiers du Sud, mars 1932, nous offrent de beaux vers de notre collaborateur Gilbert Trolliet... ; Les Humbles, revue littéraire mensuelle des primaires. - Au sommet du numéro de février 1932, deux poèmes de Mabilly et une violente "Réplique à notre ami Samson au sujet de la poésie de Paul Claudel"... ; La Guiterne, n° 3. - Constant de Horion commence sa Chronique en rappelant l'enquête du Journal des Poètes : "Un poème incohérent peut-il être beau ?"... ; Demain, cahier trimestriel de littérature et d'art, n° 5. - Intéressante publication qui nous offre des poèmes du fantaisiste Louis de Gonzague-Frick... ; The Rebel Poet, édité à New York par Jack Conroy, est l'organe officiel de l'internationale de poésie "Poètes rebelles" et combat pour la révolution culturelle... ; Descobrimento, numéro d'hiver. - Cette revue portugaise qui porte comme sous-titre "Revue de culture" continue de réaliser avec un intérêt croissant son programme de découvertes... ; Poetry, avril 1932, de nombreux poèmes... ; Contempo, n° 22. - Un court poème de Charles A. Wagner... ; Helikon, avril 1932. - Revue hollandaise de poésie, publie des poèmes d'Anthonie Donker... ; De Stem comporte une partie anthologique dont la direction est confiée à Dirk Coster et un important bulletin critique dirigé par Anthonie Donker... ; Groot Nederland, grosse revue de 125 pages, en accorde généreusement 4 à des vers conformistes de Joh de Molenaar. ; La Revue Sincère. - Revue littéraire catholique d'esprit conservateur fondée, il y a dix ans, par L. Debatty, dans le but de démasquer librement les plagiaires... ; J'ose, n° 11. - Berthe Bolsée étudie Mallarmé "fontaine de lui-même". ; Reçu : La Revue d'Allemagne, Les Débats, Il Ventuno, Marsyas, Gaceta Literaria, Le Mât de Cocagne, La Proue, Les Nouvelles Soviétiques, Heures Perdues, L'Avant-Poste, Liège-Echos, La Parole Universitaire, Bulletin des Ecrivains Prolétariens, La Parenthèse, L'Ame Gauloise, La Revue des Poètes, Paris-Nice, Scripta, Afrique, Renaissance Provinciale, Revue du Monde Noir, Revue Bleue, L'action régionaliste, Le Thyrse, Mercure de France, N. R. F., UNU, Feuillets Inutiles, Mercure Universel, Arpagus, L'Equerre, Ny Ranovelona, Loisirs, Taches d'Encre, El Soneto, Bouteille à la Mer, The Criterion, New Masses, New Republic. - Remerciements.], chronique (p. [6 ; col. 2-4])
Maurice Boucher : Controverses techniques : Plaidoyer pour la loi, étude [précédée des quelques lignes suivantes d'introduction : "Le Journal des Poètes est-il impartial ? En doutez-vous ? Il n'hésite pas à reproduire un plaidoyer de M. Maurice Boucher en faveur d'une prosodie sévèrement réglementée."] (p. [6 ; col. 4])
Document
"Le salut dans la fuite"
Qu'aux yeux de la plupart des critiques bourgeois, le surréalisme apparaisse comme une sorte de projection de la révolution sociale dans le plan de la poésie, fait voir cruellement l'ignorance de gens qui croient volontiers tenir tous les fils. Ou s'ils se plaisent à être aveugles...
Au vrai, les surréalistes ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour créer cette confusion. Manifestations violentes, déclamations contre la littérature, utilisation massive du mot : Marx, professions de foi anti-patriotiques, salutations mahométanes dans la direction de Moscou, et jusqu'à cette palinodie suprême : demande d'admission dans le Parti Communiste français.
Il n'est pas bien sûr d'ailleurs qu'ils ne se soient pas pris à ce nouveau jeu comme aux autres et que, voulant mettre la révolution au service du surréalisme, ils n'aient pas cru un moment, dans une sorte d'état second, mettre comme ils l'imprimaient sur leur couverture en lettres de Musée Grévin, le surréalisme au service de la révolution. On n'est pas toujours maître de sa chimie.
Que le Parti Communiste français s'y soit trompé lui-même, ne ferait pas honneur à la lucidité de ceux qui sont chez lui préposés à la chose littéraire. On faisait naguère "un bout de chemin avec Reventlow". Pour un peu, ils eussent excommunié Barbusse, l'homme du Feu, pour faire un bout de chemin avec Monsieur Aragon. Chacun sa publicité...
Qu'on m'entende bien. Je tiens que le surréalisme, au temps qu'il vivait fut, - j'en demande pardon à ses chefs que ce mot fait entrer en transes, - une Ecole Littéraire. Et je ne conteste point qu'il sortir de ce laboratoire, des œuvres chargées d'un puissant courant poétique.
Aussi bien, ce n'est pas à ce propos que je cherche querelle à Messieurs Breton et Cie. Mais à propos de cette grossière prétention qu'ils ont, de lier leur raison sociale à la révolution.
Fuite hors du réel, prétention de confondre les plans de la vie et du rêve, volontariat de la schizophrénie, appel systématique au merveilleux, mise en exploitation de la magie, liturgie des cabinets noirs. Je me demande s'il peut exister, dès le moment qu'on se trouve dans le plan social, un ensemble de propos qui heurte plus violemment la doctrine et la pratique de la révolution. Ah ! S'il n'était mort, Monsieur Breton, voyant Lénine, rirait de ce petit bourgeois qui n'entendait rien au Vaudou.
Il est peut-être temps de dire que ce culte de la violence gratuite, cette jouissance à voir rouge, à entendre et à écrire le mot sang, ne vient pas des faubourgs, mais de ce très vieux romantisme où les fantômes mêmes portaient pantoufles.
Ce n'est pas par hasard d'ailleurs que ces nouveaux héros, si d'aventure la Police Bourgeoise, pour rire un peu, fait mine de leur courir après, pris de peur, plaident irresponsables et s'assemblent en chœur pour chanter : "Je ne l'ai pas fait exprès..." La violence verbale est souvent sœur de la peur. Voici un nouveau test : celui de l'Irresponsable Volontaire.
Pour moi la chose est assez claire. Le Surréalisme est seulement une maladie secrète dans le cerveau de la bourgeoisie, une hantise de suicide, une tache de folie, cette angoisse du paralytique général qui croit toucher le point le plus aigu de la lucidité mais qui ne sait pas si demain il va trouver une lumière nouvelle et étonnante ou s'asseoir dans une petite voiture.
Vraiment la révolution n'a rien à voir avec cela.
Charles PLISNIER.

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